Discours de M. Armand DE DECKER, Président du Sénat, à l’occasion de la visite du Vicomte Frank De Winne,
Astronaute de l’Agence spatiale européenne
11 mars 2010
Cher Vicomte De Winne,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
C’est avec joie et avec fierté que le Sénat vous accueille à nouveau au Sénat. Nous nous souvenons tous de votre première mission ODISSEA en 2002 et le rapport riche et captivant de votre expérience que vous aviez ensuite présenté devant notre groupe de travail du Sénat.
Permettez-moi de faire un petit retour en arrière sur cette première mission : deuxième belge dans l’espace après Dirk Frimout, vous effectuiez votre première mission spatiale en novembre 2002 en tant qu’ingénieur de bord sur un « vol taxi » du vaisseau Soyouz qui rallie la terre à l’ISS, la station spatiale internationale.
La mission « Odissea », qui a duré onze jours, fut une réussite scientifique, doublée d’un succès de sensibilisation et ce, en grande partie grâce à vos mérites. Cette mission reste, pour moi, un souvenir impressionnant puisque j’ai eu le privilège, à Baïkenour, de vous accompagner, avec les Ministres Picqué et Iliev, jusqu’au pied de la fusée Soyouz dans les brumes du matin.
Aujourd’hui, nous voulons vous rendre à nouveau hommage pour avoir accompli et réussi une deuxième mission d’une extrême importance tant au niveau de votre expérience personnelle que pour le rayonnement de l’Europe et de notre pays.
En effet, c’est le 27 mai de l’année dernière que vous vous envoliez de Baïkonour pour rejoindre la Station spatiale internationale cette fois pour une mission d’une durée de six mois qui s’est achevée le 1er décembre dernier. Au cours de celle-ci, vous êtes devenu le premier commandant européen de l’ISS chargé de la responsabilité de la station, à la tête d’une équipe de six astronautes. Votre mission, baptisée OasISS, a consisté à mener des recherches les plus variées sur les réactions du corps humain en microgravité.
En orbite, la mission que vous avez effectuée a été un succès complet. Notre pays peut être particulièrement fier de vous avoir eu aux commandes de l’ISS. Grâce à vous, la visibilité de l’Europe a été amplifiée au niveau spatial et de nouvelles perspectives s’ouvrent pour les capacités de vie et de travail de l’homme dans l’espace qui, un jour, aboutiront à une exploration humaine de la planète Mars.
Pour notre pays, votre participation à cette mission fut clairement le signe d’une reconnaissance internationale de l’engagement de la Belgique en matière spatiale, ce dont nous ne pouvons que nous réjouir.
Le fait que, la veille des élections européennes en juin de l'année dernière, vous avez lancé un appel, depuis l'espace, pour inciter la population à aller voter en masse, montrant vous-même le bon exemple en votant par procuration, n'est pas passé inaperçu sur la scène politique à Bruxelles. Vous êtes bel et bien un vrai Européen !
La haute estime dans laquelle nous vous tenons vient du fait que vous êtes le premier non-Américain et non-Russe à avoir pris le commandement de la Station spatiale internationale.
Votre accession à ce poste de haute responsabilité est tout à fait exceptionnelle, compte tenu du fait que la contribution de l'Agence spatiale européenne ne représente que 8 % du budget de la station, dont le commandement est généralement confié aux mains des Russes, des Américains ou des Japonais.
Nous, les Belges, sommes trop modestes de nature. Nous ne faisons jamais grand cas du fait qu'un de nos compatriotes soit nommé à une haute fonction.
Pourtant, votre accession au commandement de la Station spatiale internationale a conféré à notre pays un prestige exceptionnel dans la communauté scientifique internationale.
Comme vous le savez, l’agence fonctionne selon le principe de ce que l'on appelle le “juste retour”. Plus un pays contribue au budget de l'ASE, plus cette dernière met de moyens à la disposition des entreprises de ce pays. Comme vous le savez, notre pays est le cinquième contributeur à l'ASE dont elle cofinance le budget à hauteur de 5%.
Malgré sa taille modeste, notre industrie spatiale, qui compte une quarantaine d'entreprises, s'est forgée une solide réputation en optant délibérément pour une stratégie de niche. C'est ainsi que notre industrie profite de la contribution de notre pays au budget de l'ASE. La bonne nouvelle est que la Belgique a décidé récemment d'augmenter de 20 % sa contribution à l'ASE dans les cinq prochaines années, ce qui aura pour conséquence que, non seulement nos entreprises, mais aussi nos centres d'étude et nos universités pourront se voir confier de nouvelles importantes missions dans les années à venir.
Mais, Mesdames, Messieurs, il n'y a pas que la rentabilité qui compte. L'innovation et le progrès constituent bien sûr notre objectif principal.
En effet, on ne compte plus les applications dérivées, utilisées sur terre, qui sont issues des recherches entreprises pour régler les problèmes techniques rencontrés lors de voyages spatiaux.
Tout cela, nous le savons tous, mais c'est grâce au rôle de premier plan de quelqu'un comme Frank De Winne que l'on en parle. Des milliers de jeunes ont suivi avec attention le décollage de Frank De Winne et son retour à Baïkonour. Sans doute les chances que l'un d'entre eux marche un jour sur les traces de Dirk Frimout ou de Frank De Winne sont elles minimes, même si elles sont réelles mais ils sont certainement nombreux à s'être découvert une passion pour des études ou une profession scientifiques menant à la recherche. Cette passion des jeunes pour la recherche a une valeur inestimable, et le Sénat, en tant que cofondateur du Prix ODISSEA, du nom de votre première mission, doit continuer à la susciter.
Général, Vicomte, cher Frank, c’est un honneur pour notre Assemblée de pouvoir vous accueillir à nouveau à une réunion du groupe de travail “Espace” de notre Sénat. C’est avec grand plaisir que je vous invite à nous relater votre expérience à bord de l’ISS et à nous faire part de vos attentes et de vos projets pour l’avenir.